La viande est la nouvelle cigarette.

C’est certain que tu connais quelqu’un qui fume la cigarette. 1 Québécois sur 5 le fait (encore). En France, c’est une personne sur trois. Et pourtant, les fumeurs savent très bien que c’est mauvais pour eux:

Je sais, je sais! Mais c’est dur d’arrêter!

Même si les cigarettières sont encore une pustule difficile à crever, ça ne fait plus de doute pour personne aujourd’hui que le tabagisme est un problème social à éradiquer. Mais, qu’est-ce qui se passerait si on retournait en 1955 pour dire à son grand-père que fumer donne le cancer? Il vous dirait probablement:

« Meuh, voyons, de quoi tu parles? Même le docteur dit que c’est bon, y’a des vitamines dans mes cigarettes! »

Les temps ont (heureusement) changé

Une publicité aussi crasse pour un produit qui tue 7 millions de personnes par année mondialement ferait carrément scandale si elle était diffusée aujourd’hui. Donc, même si le tabac était et demeure toujours un gagne-pain phénoménal pour toutes les cigarettières de ce monde, il était inévitable qu’un jour les autorités allaient prendre leurs responsabilités et décider de s’opposer au tabagisme et à ses effets dévastateurs sur la santé.

Le temps a heureusement fait son oeuvre. Entre les publicités terribles des années 50, le mensonge des tabattières et aujourd’hui, il est devenu indéniable pour tous que le tabac était un ennemi dangereux pour la santé publique et l’économie. Mais faut-il se contenter pour autant, s’asseoir sur nos lauriers et cesser de chasser les compagnies qui se font du profit en hypothéquant notre santé? Aujourd’hui, malheureusement, une catégorie de produit en particulier se glisse constamment sous nos couvertures, impunément, furtivement, supposément pleine de bonnes intentions. J’ai nommé: la viande et les produits laitiers.

Un peu de viande fumée?

C’est possible que vous lisiez ce texte et que vous soyez un mangeur de viande et de produits laitiers. Si c’est le cas, peut-être pensez-vous: “Voyons, la viande pis le lait c’est pas comme la cigarette!”. Et vous avez raison, comme l’illustre ce tableau.

Ce tableau montre bien que si vous fumez, il est très probable que vous aurez un cancer, mais qu’il est irresponsable de placer la viande au même niveau de danger que la cigarette. Aux États-Unis, dans les dernières années: environ 450 000 morts par année étaient attribuables au tabagisme. 60 635 morts de maladies cardiaques associées à la viande, 300 000 morts par année reliées à une diète inadéquate.

Aujourd’hui, une catégorie de produit se glisse constamment sous nos couvertures et tue impunément, furtivement, malgré leurs promesses de bonnes intentions: Les produits animaux.

Donc, conclusion rapide en regardant les chiffres :

  • La viande cause des dizaines de milliers de morts évitables, mais elle n’est pas aussi mortelle pour les humains que la cigarette, et coûte donc probablement moins cher à la société en coûts de santé.
  • Génial! On se fume un steak?
  • Non.

Différences désavantageuses

C’est vrai que sur beaucoup d’autres points aussi, les produits sont différents. Mais, en fait, contrairement à l’argument du cancer, les autres différences sont loin d’avantager la viande. Premièrement, il est devenu beaucoup moins acceptable socialement de fumer au cours des 50 dernières années et beaucoup de progrès a été réalisé socialement pour faire baisser la tendance au tabagisme. En revanche, la consommation de viande a énormément augmenté dans le monde occidental au cours des deux siècles derniers et son acceptabilité y connaît actuellement une résurgence (notamment avec la stupide mode des barbes, du bois de grange et de la masculinité à deux sous)

Ensuite, la prévalence du tabagisme est plus élevée dans les groupes sociaux plus défavorisés, alors que la viande, qui coûte très cher à produire, est généralement (sauf exceptions récentes) reliée à un statut socio-économique plus élevé, ce qui constitue en soi une forme d’injustice fondamentale, puisqu’il est impossible que les 7,5 milliards d’êtres humains sur la planète mangent autant de viande que la classe moyenne occidentale.

Et finalement, il faut dire que le gouvernement taxe allègrement les produits du tabac pour faire diminuer leur consommation, alors qu’il subventionne depuis longtemps les industries qui mettent en marché des produits reconnus comme cancérigènes/potentiellement mortels (viandes rouges, charcuteries, etc.), qui seraient beaucoup plus chers et donc moins populaires autrement.

La chute de la chair

Après tout cela, il semble que la viande soit le prochain grand fléau qu’il serait logique d’attaquer pour faire bénéficier la société. Il est vrai qu’il est plus difficile à faire tomber, puisque malgré ses nombreux désavantages (environnement, éthique, santé humaine, économie, etc.), il reste que les produits animaux ont une certaine valeur nutritionnelle et sont même fournis gratuitement à beaucoup d’écoles défavorisées (berlingots de lait). Cadeau empoisonné, diront certains. Mais il reste que leur cas est plus complexe que celui des produits du tabac qui apportent de toute évidence extrêmement peu de valeur à la société, quelque soit l’aspect considéré. Il importe donc d’orchestrer une réduction avec soin et nuance.

Le gouvernement canadien s’en rend déjà compte d’ailleurs. Il a décidé, pour la prochaine version du Guide alimentaire canadien, de supprimer la catégorie Produit Laitiers (il était temps), mais sans pour l’instant s’attaquer plus directement à ces industries.

Et pour ce qui est du commun des mortels, si vous croisez une personne qui ne saisit pas le lien entre la viande et le tabac, vous pourrez toujours nuancer et faire de l’humour en demandant:

Mais si la cigarette était de la merde et la viande de la pisse, est-ce qu’on se dirait: “Je peux boire de la pisse, parce que c’est moins mauvais que la merde?!

 

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