Être presque végane est-il mieux que l’être à 100%?

Dire que t’es 100% végane ou tu l’es pas, c’est comme dire que Beyoncé n’est pas noire pour vrai. C’est du dualisme, de la pensée noir-blanc. Le gris, ça existe. Le gris foncé aussi. Le gris tellement foncé que c’est presque noir aussi. Le véganisme « sélectif », pose une question toute simple en fait: En nous permettant l’imperfection et en dé-dramatisant celle des autres, pourrions-nous attirer beaucoup plus de gens vers le véganisme?

On est au début de l’année et comme beaucoup, tu as probablement pris de belles et bonnes résolutions comme aller au gym ou mieux manger. Je vais aller au gym cinq fois par semaine, c’est décidé. Fini, les desserts, je vais seulement manger des fruits. Ou une autre belle résolution qu’on entend moins souvent:

Fini l’alcool, j’arrête pour toujours. Fini la viande, plus jamais. Toujours, jamais et à l’infini. Malheureusement, en prenant des résolutions du genre, tu vas probablement échouer. Et pourquoi ça? Simplement parce qu’elles mettent trop de pression, que le moindre écart est perçu comme un échec et qu’on culpabilise aussitôt.

Pour quelqu’un qui a été un omnivore toute sa vie, ça prend de gros efforts pour éliminer la viande, le fromage, les œufs, le lait, le Jell-o et toute la myriade de produits animaliers camouflés partout dans les produits transformés. Au début de mon végétarisme, je me plaisais souvent à dire « Ben non voyons, c’est pas difficile». J’étais con. C’est compliqué. Apporter son lunch quand on est invité à un souper, regarder les ingrédients, tout analyser, répondre aux questions et aux jugements, résister à l’envie de poulet frit envoyée par sa flore intestinale pas encore habituée au nouveau régime. Taper ichtyocolle sur Google pour voir si ça vient d’un animal… le cerveau humain a ses limites.

Voilà donc pourquoi à toutes les fois, sans exception, que je discute avec un omnivore (lire ici une personne normale) sur le régime végétarien/végane, les mêmes réponses ressortent avec un petit ton d’excuse:

  • «J’aimerais ça être végétarien, mais j’aime trop les soupers fondue en famille! »
  • « Je pourrais jamais être végane, j’aime trop le fromage! »
  • « Oui, j’ai déjà arrêté le boeuf, mais enlève moi pas mon bacon! »

Ce qui ressort principalement de ces propos, c’est que la plupart des gens ne sont pas prêts à arrêter tous les produits animaux d’un coup, même s’ils savent très bien à quel point des animaux souffrent en coulisses. Le scénario qu’on se fait lorsque l’on nous dit « Go vegan! », c’est:

« Okay, là, du jour au lendemain, je vais devoir arrêter, le lait, les oeufs, la viande? Plus de beurre sur le pain, plus de mousse de lait dans les espressos matinaux, plus de quiches, d’omelettes, d’oeufs bénédictine inondés de sauce hollandaise? » Et ça continue.

Finis les soupers fondue au chalet? Les grillades et les steaks su’l charcoal? Le fromage fondant sur la poutine, la pizza Delissio et les chicken wings devant le SuperBowl? Les burgers, les hot-dogs, le méchoui? Stop.

Arrête juste une chose, pour voir. Même pas obligé d’être pour toujours.

Commence donc juste quelque part. Tu n’es pas capable d’être végétarien demain? Arrête juste le boeuf, alors. Ou dis-toi quelque chose du style: “J’arrête d’en manger, sauf si je suis invité quelque part ou que j’ai un souper fondue”. Non, ce n’est pas assez pour être végétarien. Mais c’est assez pour un début.  Cette transition calme te permettra de doucement chercher des alternatives, d’en parler à ton entourage, de recevoir leurs questions, de trouver tes réponses. Tu pourras répéter le processus avec tous les autres produits animaux:

« J’arrête le porc, sauf le bacon le dimanche matin… ou j’arrête les produits laitiers, sauf le fromage… ou j’arrête les oeufs pour un mois, sauf les oeufs bénédictine »

Encore une fois, avec cette mentalité, vous allez faire vos petits pas vers un mode de vie plus santé, plus éthique et plus respectueux de la nature, sans toutefois vous faire ch***! Vous allez aussi avoir le temps de trouver que ça existe, des bénédictines sans œufs.

Ça été facile pour moi d’arrêter les verres de lait. Le lait de cajou est à mon avis plus riche et délicieux que le lait de vache. Ça été moins facile d’arrêter le fromage et tous les produits laitiers camouflés dans des aliments  comme les croustilles Miss Vickie’s, que j’adore. 

Encore là, j’ai des rechutes. Ben oui, des fois j’en mange des produits pouvant contenir des traces de… Ben oui, une fois tous les quatre mois, je mange une poutine à trois heures du matin quand je suis un peu éméché. Après avoir arrêté la viande, j’ai continué à manger du poisson et des fruits de mer pendant un an, avant d’arrêter. Je suis maintenant 100% végétarien,  sans équivoque. Mais je dirais que je suis 97% végane, en moyenne. Mais est-ce je me considère quand même végane? Oui! Pas besoin de me moraliser, je suis conscient de tout ce à quoi je dois être conscientisé. Je fais de mon mieux, même si je suis imparfait.

Et c’est précisément là le point de cet article. Presque tout le monde est prêt et apte à diminuer sa consommation de produits issus des animaux, mais peu le sont à tout arrêter one shot. Oui, ce serait idéal, mais je suis conscient que mon opinion et celles de mon entourage sont deux choses très différentes. Pour démocratiser le mouvement et le rendre le plus attirant, facile et possible, il n’y a pas de meilleure façon que de le rendre plus accessible! Je clame donc mon imperfection à tout le monde, haut et fort:

Je suis végane… à 3% près!

 

 

Pour aller plus loin:

Le véganisme imparfait d’Ezra Klein, rédacteur en chef de Vox

Témoignage d’un homme devenu flexitarien pour un an

Article du Inquirer de Philadelphie, qui confirme que de plus en plus d’hommes deviennent véganes aux États-Unis.

Dossier sur le véganisme imparfait, par Grist.org

 

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