La secte des Vegans: récit d’un rescapé (2/3)

Ceci est la suite de la partie 1.

 

J’étais seul dans ma chambre, à panser mes blessures et à pleurer mon sort. De jeune homme fringant et curieux, j’étais devenu une victime des terroristes véganes. Je regardai autour de moi. Ma maison avait bien changé depuis mon saut dans cet enfer de morale radicale.

Attaqué de l’intérieur

Mes posters de rodéo étaient à la poubelle. Mon tapis en peau d’ours, pareil. La bouffe, ça allait encore! Je peux comprendre que découper une vache et la faire passer dans des petits trous pour faire des hamburgers, c’est pas très gentil. Mais un tapis, c’était différent, me semblait-il! Et le rodéo! On ne les tue même pas, ces animaux. On leur fait même faire du sport et tout le monde les applaudit! Je commençais à trouver qu’ils n’étaient jamais contents les véganes.

Mais le pire, c’était vraiment les changements dans ma tête. Alors qu’auparavant j’étais libre de toute pensée pour mon bien-être corporel, j’avais maintenant la tête inondée, à tout moment, de milliers de questions stupides et inutiles. Est-ce je suis heureux? Est-ce que mon mode de vie fait du mal à quelqu’un? Est-ce que je me sens apaisé chez moi? Je prends assez de temps pour moi? Et mon alimentation, est-ce qu’elle me permettra de mieux vivre, d’avoir pour longtemps de l’énergie, de la santé et de la vitalité au lieu d’être un vieil obèse diabétique/cardiaque/arthritique/pleurnichard?

La vraie vie

Ils m’avaient bien eu ces salauds de granos! Avec leurs vlogs de conseils santé à la con et leurs discours sur «la place de l’humain sur la
Terre»… J’aurais donné tout ce que j’avais pour un VRAI barbecue, une grillade de chair de boeuf calcinée juste à point par le propane, lancée sans cérémonie dans une assiette de styromousse. La simplicité, quoi!

Un morceau de chair saignante, un décor de banlieue avec une piscine, un patio et un son de tondeuse en arrière-plan, sans se poser de question! Voilà tout ce dont un vrai homme peut rêver, et ce qui me manquait maintenant cruellement pour mon épanouissement, je le réalisais désormais.

Le Festival du mal

Je fus interrompu dans ce rêve si miroitant par mon téléphone, dont la sonnerie était maintenant, au lieu de Thunderstruck de AC/DC… des putains de chants bouddhistes tibétains.

C’était Cédric. Mon meilleur « ami » végane. Pas vraiment un ami, en fait. On ne peut pas être pote avec un végane. Voici un vidéo de lui, vous verrez ce que je veux dire:

– Allô oui? C’est Cédric.

– Je sais. J’ai un afficheur.

– Oh cool!

– (…)

– Tu viens au Festival?

– Quel festival?

– LE festival! Le festival végane.

– Heu… Je suis malade. Mauvais rhume.

– Pas de problème, c’est dans une semaine! On se voit là-bas alors, c’est samedi au Centre des Congrès, à 10:00! Repose-toi bien!

– Non, je…

*Raccroche*

– Putain…

J’avais tout fait pour l’éviter. Mais j’étais maintenant forcé de me rendre à la Grande Mecque des véganes. Je ne savais trop à quoi m’attendre. J’avais déjà fréquenté plusieurs festivals dans mes belles années, mais c’était différent cette fois. Pas de musique de vrai mâle, pas de bière à température de boîte de pick-up truck et goût similaire à de l’eau coulant sans limites, ni de crépitement de saucisses hot-dog noircies, servies dans un pain sec et tiède, le tout délicatement emballé dans un papier Lafleur (typiquement Québécois).

Non, en entrant au Centre des Congrès ce jour maudit, le pire de ma vie, je dus me faire violence pour contrôler mes hauts-le-coeur. C’était tellement…trop coloré! J’suis pas homophobe ou mysogyne du tout, mais du rose, du jaune, du vert lime, du bleu pastel et du violet partout, avec des coeurs et des fleurs parfois en plus, ça faisait vraiment «tapette»!

– Hey mon gars, veux-tu goûter ma saucisse végane?

– QUOI?! Non!

C’était un mec à un kiosque qui m’avait demandé ça. Je le regardai attentivement. Grand, costaud et barbu, il portait sur ses cheveux noirs une casquette des Yankees. Un gars ordinaire, en apparence. Ça sentait le piège à plein nez, mais comme d’habitude, je l’ai réalisé bien trop tard.

J’ai goûté la « saucisse » végane qu’il me proposait. C’était moelleux, juteux, gras, légèrement croquant à l’extérieur. Épicé juste à point. Trop beau pour être vrai.

– Pas trop mal. Et c’est fait avec quoi, tes saucisses?

– Du gluten de blé. C’est la protéine en fait. C’est pour ça qu’elle sont aussi consistantes!

J’aurais dû le savoir. Je m’étais fait prendre à consommer du gluten. L’ingrédient du mal. Les Grands-Chefs de mon clan végane interdisaient formellement d’en consommer. J’allais assurément me faire mettre à poil dans un champ de blé, me faire crucifier et me faire crier « MEURTRIER DU BLÉ! » ou « OGM, OGM, OGM! ».

La fuite

Mon corps meurtri ne pourrait pas supporter une autre correction violente. Je devais m’exiler. J’ai couru, couru, couru.

Mais j’étais suivi. À une centaine de mètres derrière, une quinzaine de Chinois, sortis d’un autobus, prenaient des photos dans ma direction et pointaient du doigt, en riant avec une excitation malsaine.

Je courus encore plus vite, à travers un dédale de ruelles sombres et poisseuses. Mon coeur battait si fort. Je décidai de bifurquer vers le centre-ville.

Devais-je aller au Sailor’s Café? Ils servent juste des steaks et du poisson frit. Non…trop prévisible pour un désormais ex-végane en fuite.

Oui! La bibliothèque! S’il y a une chose que les véganes détestent encore plus que la viande et ceux qui en mangent, c’est la bibliothèque. S’informer, questionner sa propre éducation et ses valeurs sociales, lire pour s’assurer que leur mode d’alimentation est bon pour eux et la planète, appuyer leurs dires de façon objective et scientifique… voilà la caractéristique première d’un omnivore, et le pire cauchemar d’un végane.

Retour à la vérité

Mon téléphone sonna à nouveau.

– Allô! C’est Cédric.

– Je sais. J’ai un afficheur.

– Je ne t’ai pas vu au Festival. T’es où?

– Tu ne m’auras pas. C’est fini Cédric. Votre secte va tomber. La vérité sortira un jour.

– Hein. De quoi tu p…

*Raccroche*

Je me rendis à un ordinateur public. Je me connectai sur Facebook. J’avais une demande de message. C’était Steeve, mon ancien meilleur ami, que j’avais supprimé en devenant végane.

Je l’ouvris.

Seigneur. La lumière se faisait. J’avais maintenant l’arme pour détruire la Secte Végane.

Je voyais désormais la vérité. Celle que le monde entier allait bientôt connaître.

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