S’opposer aux pipelines? Les écolos, vous avez rien compris.

J’entends à la radio l’argument suivant : les pipelines restent le meilleur moyen de transporter les combustibles fossiles, et comme nous ne sommes pas prêts à nous départir des voitures à essence avant au moins 2050, nous devrions simplement continuer à implanter des pipelines.

Cette perspective n’est pas complètement erronée. Mais que devons-nous penser des écologistes qui s’opposent aux pipelines? Concrètement, pourquoi devrions-nous nous opposer aux pipelines? J’ai souvent l’impression que le message manque de clarté et que le débat reste en surface.

Selon cet article du Forbes Magazine, le tout se résume pas mal à choisir son poison :

« En ce qui a trait à la destruction de propriétés et des vies humaines, les camions sont pire que les trains, qui sont pires que les pipelines, qui sont pires que les bateaux. Par contre, pour ce qui est de la quantité normalisée de pétrole déversée, les camions sont pires que les pipelines, qui sont pires que les trains, qui sont pire que les bateaux. Finalement, pour l’impact environnemental, les bateaux sont pires que les pipelines, qui sont pire que les camions, qui sont pire que les trains».*

* traduction libre de Pick Your Poisson For Crude — Pipeline, Rail, Truck Or Boat, Forbes Magazine.

En effet, quand un pipeline fuit, il y a davantage de matière déversée, mais il y a peu de chances d’explosion. Quand un train déraille toutefois, il y a un plus grand risque de destruction (pensons par exemple à la tragédie de Lac-Mégantic), mais le déversement est généralement mieux contenu. Les bateaux, quant à eux, sont relativement sécuritaires et les incidents sont plus isolés, mais quand ils se produisent, ce sont de loin les plus dommageables pour l’écosystème.

Donc, nous nous trouvons devant un débat pour savoir ce qui est mieux entre une fuite de pipeline ou bien l’explosion d’un train et quelques pertes de vies humaines. Moi je ne vote ni pour ni l’un ni l’autre, mais plutôt en faveur d’un grand changement, le plus rapidement possible.

Facile à dire vous direz. Et alors, pourquoi devrions-nous nous opposer aux pipelines?

Si nous comparons l’acheminement par trains versus l’oléoduc Keystone,  ce dernier permet des économies annuelles de 50 Milliards de dollars.

Si nous construisons des pipelines, nous décourageons la suppression graduelle du pétrole. L’évolution de notre société vers les énergies renouvelables dépend de la compétitivité du pétrole, et plus ce dernier est compétitif, plus la transition sera longue. Les pipelines rendent l’acheminement du pétrole moins coûteux, et augmentent donc la compétitivité du celui-ci. Si notre objectif collectif est de laisser aux générations futures un environnement non pollué et vivable, nous avons tout intérêt à ce que les énergies renouvelables soient plus compétitives que les combustibles fossiles, point barre. En d’autres mots, il faut encourager le désinvestissement des énergies fossiles.

Par ailleurs, l’aventure canadienne dans l’exploitation des sables bitumineux n’est pas très reluisante. Après avoir annoncé un déficit budgétaire de 10.4 Milliards pour 2016, l’Alberta  avertissait qu’un surplus ne serait probablement plus possible avant 2024 et ce dans l’optique où les prix du baril remonteraient aux niveaux d’avant Juin 2014 :

Sans oublier que Suncor, le plus grand producteur canadien, a rapporté une perte nette de 2 Milliards de dollars au 4e trimestre de 2015.

Avec la construction des oléoducs Kinder Morgan’s Trans Mountain et l’Enbridge’s Line 3, récemment approuvés par Justin Trudeau, ces pertes massives pourront potentiellement être atténuées.

A l’inverse, le refus par le gouvernement Trudeau des deux oléoducs aurait peut-être marqué le début de la fin pour les sables bitumineux au Canada. On sait toutefois que ce n’est pas ce qui s’est passé.

Mais j’ai d’autres mauvaises nouvelles. L’opposition aux pipelines comporte des effets pervers ; tant que la demande subsiste et que le commerce est profitable, le pétrole sera acheminé par d’autres moyens, soit principalement par train.

Or, selon l’Association of American Railroads (Association américaine des chemins de fer), les livraisons de pétrole brut sont passées de 9500 wagons complets en 2008 à 234 000 en 2012, soit près de 25 fois plus en seulement 4 ans. Je vous laisse regarder la suite!

Donc voilà, on ne peut pas tout avoir ; moins de pipelines, plus de trains. Mais au moins, plus de trains, moins de profits, donc moins d’intérêts pour les combustibles fossiles et davantage pour les énergies renouvelables.

Toujours est-il que NOUS devons aussi, en tant que consommateurs, faire notre part ; que ce soit par le covoiturage, le vélo, les transports en commun ou bien l’achat d’une voiture électrique. Nous pouvons aussi supporter certains mouvements tel que Coule pas chez nous ou Ensemble contre les sables bitumineux. Nous devons demander aux gouvernements de prendre action : ils ont un pouvoir de premier ordre pour assurer la  transition énergétique.

Prenons l’exemple de la Norvège: grâce, entre autre, aux subventions et congés de taxes, les parts de marché des voitures électriques sont passées de 5.60% en 2013 à 22.39% en 2015. Si la Norvège est capable, pourquoi pas nous?

Et que dire des Pays-Bas, maîtres incontestés des déplacements à vélo et exemple éloquent du phénomène de la demande induite. Dans les années 80,  la Ville de Delft a mis sur pieds un important réseau de pistes cyclables. Il fût démontré que ce réseau encourageait bel et bien les gens à prendre leur vélo. Tranquillement, d’autres villes ont suivi et aujourd’hui les Pays-Bas comptent plus de 35 000 kilomètres de pistes cyclables; plus d’un quart des déplacements se font à vélo, contrairement à seulement 2% au Royaume-Uni, par exemple.

Bien entendu, beaucoup d’autres initiatives seraient dignes d’être mentionnées, tel que les investissements massifs de la Chine dans les énergies renouvelables. Mais assez pour aujourd’hui! Commençons par faire notre bout de chemin, ici, au Canada.

 

Pour aller plus loin:

Le désinvestissement des énergies fossiles gagne du terrain

This country has hit a major milestone for electric cars

Pipelines vs. trains: Which is better for moving oil?

Tar Sands Oil: Pros and Cons

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