On déteste tous le trafic, alors pourquoi en rajouter?

On s’est tous déjà retrouvé à cet endroit (ou presque) dans nos vies. En tant que conducteur ou simplement comme passager, le soupir ou la rage pour certains viennent facilement devant la marée de voitures à perte de vue qui n’avancent pas. Ce matin, on était pressé. Mais c’est comme cela à tous les matins et à tous les soirs. Maudit trafic.

La modernité a amené une avancée fulgurante à notre quotidien: posséder une voiture qui peut nous transporter où l’on veut, quand on veut. Mais cette promesse de liberté individuelle devient, à notre époque, un fardeau collectif. Ça l’est au point où il devient un fardeau pour chaque individu, lorsque traverser un pont reliant deux villes peut prendre plus d’une heure, lorsque les autoroutes deviennent des zones sinistrées d’immobilisme aux heures de pointe.

Mais en toute honnêteté, il faut avouer que plusieurs d’entre nous ont besoin d’une automobile. Après tout, cette petite bulle très pratique nous protège des intempéries, nous mène du point A au point B avec toute notre famille et nous économise du temps précieux qu’on peut consacrer à autre chose. On est loin de l’époque des calèches et des chevaux!

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Cet animateur charmant et bien connu a quand même un peu raison et je comprends très bien son point. C’est vrai que c’est déplaisant être dans le trafic, stagner, perdre son temps… écouter des gens dire n’importe quoi à la radio aussi. 80 minutes sur un pont de 1 km, ça fait 0,7 km/h! Finalement, la voiture, ce n’était pas supposé nous faire sauver du temps?

Le problème, c’est qu’à force de se développer et d’aller trop loin, la pensée individualiste nuit à l’individu. Quand on veut que tout le monde ait une auto sans jamais avoir de contraintes, eh bien ça donne des dizaines de milliers de frustrés qui ragent seuls sur l’autoroute, dans leur grosse auto vingt fois plus pesante qu’eux. Et là, je ne dis pas que ceux en faveur de l’amélioration du réseau routier ont tort. Ce que je dis, c’est qu’ils ne voient pas assez loin.

Ce que je dis, c’est qu’on s’adresse seulement aux symptômes et non au mal lui-même. C’est exactement comme si j’avais mal à une dent et que pour régler mon problème, je prenais des Tylenol. Chaque jour. Pour toujours.

La population de la région de Québec est en augmentation constante depuis des années (source), et cette tendance se reflète assez bien sur le trafic automobile quotidien. Si on investit des milliards de dollars pour agrandir ou ajouter des routes, combien de temps ça prendra avant que les bouchons recommencent et qu’il faille encore?

Quand est-ce que, comme société, on arrête de prendre des Tylenol et qu’on va voir le dentiste?

Et pourtant, les alternatives sont là: métro, vélo, bus, covoiturage, bref, on les a tous déjà entendu! En fait, personne ne doute de l’efficacité du transport en commun, mais combien de fois aie-je entendu un double discours tournant autour du sujet ? Un genre de « oh vous savez, le transport en commun, c’est l’avenir, mais c’est pas fait pour moi ! » Et on reste là, à attendre, seul dans notre voiture parmi le trafic, à voir les bus nous dépasser dans la voie d’à côté.

Mais peut-être aussi que nos transports en commun sont inadéquats, peut-être que nos espaces routiers sont complètement mésadaptés pour le vélo? Et ailleurs, est-ce qu’ils sont les mêmes problèmes?

La culture des voitures

La prochaine fois que vous serez au centre-ville, prenez le temps de regarder la route, les trottoirs, les pistes cyclables. Vous remarquerez très certainement deux choses: Premièrement, les espaces de marche et de vélo sont très minces, voire inexistants, et deuxièmement, la seule chose qui soit sans interruption sur la route, c’est la route elle-même. Vous marchez, vous devez vous arrêter à tous les coins de rue. Vous faites du vélo, même chose. La voiture règne encore en maître dans notre culture. Pour beaucoup de gens, le bus ou le métro, ça pue et c’est inconfortable, tandis que les vélos c’est pour les écolos (ou les suicidaires, tellement ça peut être dangereux). La norme, c’est l’auto, quoi.

Mais en fait, si l’on compare à plusieurs autres grandes villes du monde, c’est nous l’anomalie. À Stockholm, en Suède, des centaines de kilomètres de pistes cyclables, aussi larges que nos routes et protégées des automobiles, serpentent à travers la ville. Les autorités locales investissent continuellement pour améliorer le réseau, et y installent des points de repos et des installations communautaires.

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Source: www.fourteenislands.com/bicycle-paths/ (site web qui documente les histoires de cycliste à Stockholm)

J’entends déjà en écho les arguments classiques qui s’opposent à ça: “Oui mais l’hiver au Québec…”. Les pistes cyclables sont praticables huit mois par années, ce serait un excellent début pour réduire le trafic. “Oui, mais ça coûte cher”. Non. Ça coûte énormément moins cher que construire de nouvelles routes et les retours sont faramineux en économies de soins de santé (accidents, qualité de l’air, obésité, etc.). Ils pourraient même atteindre 24 fois l’investissement initial comme l’expose une récente étude néo-zélandaise.

Pourquoi il y a autant d’autos et aussi peu de vélos sur nos routes? Encore une fois, observez. Les investissements destinés aux infrastructures automobiles éclipsent tout simplement celles pour les transports en commun et les vélos. Le message qu’on lance est: “Prenez vos voitures tout le monde, on s’occupe de vous, on va essayer de rendre ça confortable et agréable.” À Stockholm, c’est plutôt l’inverse:

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Les voitures VS le bus VS les vélos

Regardez bien cette image. Regardez bien la place qu’occupe 60 personnes selon le mode de transport qu’ils utilisent. Présentement, le monde n’a pas besoin de plus de voitures sur les routes. Les villes sont fait pour respirer (sans faire de mauvais jeu de mots avec la pollution des autos!). Elles ne sont pas conçues pour être efficaces tout en ayant l’air d’un concessionnaire automobile.

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L’exportation du Rêve Américain.

Sur un autre continent, la promesse occidentale est en train de se répandre avec ce même cadeau empoisonnée. Les pays qu’on qualifiait autrefois comme « en voie de développement » s’industrialisent rapidement et s’approprient tout aussi rapidement le mode de vie individualiste que l’on critique tant ici-même. Fini les vélos; parce que l’auto va tellement régler de problèmes! Cette idée de liberté individuelle ne nous lâchera jamais! Ce rêve de pouvoir être libre dans tous ses déplacements se trouve à freiner rapidement lorsqu’il rencontre le pare-choc du trafic quotidien. Comme le disait si bien George Carlin:

« Ça s’appelle le Rêve Américain, car il faut être endormi pour y croire!».

Au moins, dans un bus, on a le temps de somnoler!

 

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