Le problème des végés et des écolos.

Une blague bien connue: Comment reconnaître un végétalien?
Inquiète-toi pas, il va te le dire à la première occasion!

On en connait tous au moins un dans son entourage. Il est pas capable d’être « normal » en plus de se considérer végé ou écolo. Il faut qu’il se sente spécial, supérieur, comme s’il te montrait sa carte de membre pour que tu fasses partie de son club, toi aussi. Si t’en fais déjà partie, c’est cool; mais quand c’est pas le cas, woupelaye.

Les ostis d’écolos, les végés tannants qui nous traitent de meurtrier, bref, ceux qui sont nés au pied de la lettre, qui n’ont pas d’aptitude à la flexibilité et la tolérance. Les enverdeurs, pour emprunter l’expression de l’une de nos fiertés nationales (pas vraiment). Souvent, on leur dit qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent, tant qu’il ne nous disent pas quoi manger et quoi faire. En théorie, ça devrait s’arrêter là. Mais évidemment, la théorie et la réalité sont parfois différentes. Je le mentionne assez souvent, mais question que vous sachiez où me classer, je suis végétalien.

Tout est dit, ENFIN! Ça fait du bien de l’avoir écrit, j’avais assez hâte que vous le sachiez!
Non, sans blague, le problème que les gens ont avec les végés et les écolos, c’est justement ce qu’ils sont. Nous dérangeons par notre seule présence parce que notre mode vie remet fondamentalement en question celui de la majorité de notre société et expose des problématiques inédites. Quand on dit: « Je ne mange pas de viande, je protège les animaux », ceux qui en mangent se sentent inévitablement visés. Ils peuvent même répondre des choses un peu ridicules et paradoxales comme: « Je les aime beaucoup les animaux, mais je les mange« . Mais là où ça se complique vraiment, c’est lorsqu’on veut expliquer les impacts environnementaux et sur la santé humaine. L’important, c’est de ne pas se prendre trop au sérieux, de rire de soi-même et de ne jamais entrer dans certains comportements, présentés de façon hilarante dans ce vidéo. En fait, j’ai tellement été « tagué » dessus que j’avais pas le choix de l’avoir vu!

 

Comme n’importe quelle tribu, celle des végés autant que celle des écolos est très diversifiée en termes de personnalités, et y’en a dans la gang qui gossent très sérieusement. En voici quelques exemples bien connus:

  1. T’as celui qui se déclare végé, mais qu’on ne sait pas trop ce qu’il mange parce qu’il mange aussi sans gluten, sans OGM, certifié biologique et 100% naturel, crudivore, et qu’au passage il se soigne aussi avec des cristaux et avec l’homéopathie tout en regardant l’horoscope à la TV.
  2. Ensuite, l’anorexique rescapé. Il décide d’être « végé », mais mange uniquement des pousses de luzerne, de la tartinade de tofu et de la poudre protéinée parce qu’il a lu que c’était bon sur un forum qui date de 2007. Résultat, il passe proche de mourir, abandonne et crie haut et fort que c’est dangereux d’arrêter le steak et le fromage (histoire vraie).
  3. T’as aussi celui qui triche mais qui veut quand même être dans la gang. Il va trouver toutes sortes de noms différents: flexitarien, pesco-végétarien, boeufo-pouletto-porco-végétarien, etc. C’est le type qui se dit « je fais l’effort quand ça me tente, mais au moins je suis une meilleure personne que la moyenne ».Ce qui est emmerdant avec eux, c’est juste qu’ils mêlent tout le monde parce qu’ils ont absolument besoin de se coller un étiquette. Être végétalien, ce n’est pas de se coller un étiquette, mais bien d’adopter un mode de vie basé sur une conviction profonde.
  4. T’as celui qui souffre du syndrome du spécialiste condescendant. Celui-là ne vaut pas seulement pour les végés ou les écolos par contre. Peu importe sa discipline dans la vie, qu’il soit activiste, végétalien, artiste, économiste, politicien, ou qu’il aille juste fait ses « sciences nat » au cégep, whatever, il est intimement persuadé que seul son champ de connaissance pointu suffit à répondre à tous les grands mystères de l’Univers. Il va commencer ses phrases avec “Ce que vous comprenez pas, c’est…” ou “je suis d’accord avec vous, mais…”. On ne peut pas le contredire, il a toujours raison.
  5. Pis finalement t’as celui qui sait juste pas vivre en société, qu’on a mentionné au début. Quand Dieu a distribué la tolérance, il était parti aux chiottes. C’est le végé qui s’oppose à la violence contre les animaux, mais qui devient violent envers tous ceux qui ne partagent pas son point de vue. C’est l’écolo anti-pétrole qui scratch les Hummer avec ses clés, Il va te dire qu’il aime tout le monde, sauf si tu penses pas EXACTEMENT comme lui. C’est dommage, parce que même si la cause qu’il défend est juste, il ne raisonne pas mieux qu’un terroriste ou un propriétaire d’abattoir. Ce qu’on décèle chez lui, c’est qu’il lutte contre ceux qui ont le pouvoir, mais qu’il ferait exactement les mêmes erreurs s’il l’obtenait.

 

Les gants blancs ne le sont pas pour rien.

Quand on veut faire changer les choses, il faut être patient. Être souriant, respectueux et pragmatique sont souvent de bons atouts pour gagner des points et se faire des alliés. Mais il faut donner un point à l’écolo qui scratch les Hummer. Parfois, le status quo est trop gros, trop immuable et puissant. La gentillesse ne fonctionne pas toujours. Pour faire bouger les choses, il faut de temps en temps se botter le derrière, être prêt à en botter aussi et arrêter d’avoir peur de déplaire aux autres. Si t’as encore les gants blancs, c’est parce que t’as jamais été assez honnête pour les salir.

Pour chaque végétalien/cycliste/écolo/impliqué socialement, il y a un dude qui fait de la drift en pick-up, mange 2 livres de steak haché et qui borde sa cour de haies de cèdre pour pas voir ses voisins. J’irai pas crever ses pneus, mais si je le croise autour d’un barbecue et qu’il se demande pourquoi je mange des saucisses de blé, je mettrai pas mes petits gants blancs de ballerine. Je me gênerai pas pour lui dire ce qui me dérange avec la viande. Pas avec CEUX qui mangent de la viande, mais avec la viande elle-même. Je vais les salir mes mains, quitte à ce que la discussion monte d’un ton. Mais au moins, on va essayer d’avoir une discussion civilisée, sans insulte, échanger sur le sujet et peut-être bien planter une première graine dans le but qu’il modifie ses habitudes de vie. Peut-être que ça ne marchera pas, mais au moins je n’aurai pas perdu mon énergie à le traiter de sans-coeur parce qu’il mange de la viande.

On peut être fort sans crier. L’arbre est solide et protecteur, mais sa force ne vient pas des branches qui s’agitent sans arrêt au vent. Elle réside plutôt dans ses racines et son tronc. En montrant l’exemple et en s’exprimant fermement, on peut influencer les autres à prendre racine en nos convictions. Le problème de beaucoup de végés et d’écolos, c’est que lorsqu’ils parlent, on sent qu’ils essaient simplement de gagner plutôt que de vouloir le bien de l’autre.

Et nous là-dedans?

En démarrant Edentity, on a justement décidé de marcher sur la corde de l’équilibre, d’emprunter la fameuse Voie du Milieu prônée par Bouddha lui-même. Pas de bullshit, pas de niaisage, mais pas de manque de respect non plus. On est des extrémistes easygoing, aussi contradictoire que le terme puisse être. On est pas le genre de monde qui se trouve cool en vendant un produit fait avec 10% de matière recyclée. Nous, c’est la perfection qu’on vise à long terme, et on va se contenter de rien de moins. Même si on l’atteint, on se pètera pas les bretelles à outrance. Même si on fait mieux que les autres, on pourrira la vie de personne, sauf peut-être une petite pique ou un défi à ceux qui n’en font pas assez, par contre!
1963_march_on_washington

Savoir son rôle

Les mouvements véganes et écologistes sont des luttes sociales de notre temps. Au 20e siècle, c’est plutôt celles pour les droits civiques des femmes et des Afro-Américains qui sont passées à l’Histoire, et qui perdurent toujours aujourd’hui. Malcolm X et Martin Luther King visaient tous les deux le même objectif de libérer les noirs des injustices qu’ils subissaient, mais eurent pourtant des façons radicalement opposées d’y arriver. Alors que King prônait la lutte pacifique, Malcolm X menaçait d’employer la violence si le camp opposé refusait de bouger. Et pourtant, les deux ont fait avancer le mouvement à leur façon, en rassemblant chacun de leur côté des millions de supporteurs. Vers la fin de leur vie, les deux activistes ont fini par être très proches et s’apprécier mutuellement, malgré des années passées à se critiquer.

Le problème avec les végés et les écolos, ce n’est pas qu’ils soient parfois condescendants. C’est plutôt qu’ils sont encore éparpillés et qu’ils n’ont pas toujours l’esprit d’entraide universel et la patience qui devraient les animer. Qu’on adopte un point de vue ou l’autre, il reste que le problème n’est pas d’avoir tel ou tel rôle dans un mouvement. Le problème est de ne pas se rendre compte que l’on fait partie d’un tout, de ne pas accepter que c’est la diversité qui renforce un groupe et, plus largement, une société.

Il faut qu’il y ait des purs et durs parmi les écologistes ou les véganes, mais il est normal qu’il y ait des gens plus modérés. Pour qu’un arbre pousse, il ne faut pas juste du soleil. Ça prend aussi de l’eau, de la bonne terre et du vent. Enlevez-en un seul, et sa croissance va ralentir. Tout le monde a sa raison d’être et son chemin bien à lui, il ne faut jamais l’oublier.

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