La viande.

C’est bon, c’est juteux, c’est merveilleux.

Question que tu le saches dès le début,  je suis végétalien, comme je l’ai mentionné dans un article précédent. Alors, la première phrase, c’était du sarcasme? Non, parce j’ai déjà mangé de la viande de toutes sortes: du boeuf, poulet, porc, poisson, agneau, orignal, lapin, perdrix, tortue, fruits de mer, insectes.

Souvent, les gens me disent, tout en mordant dans leur steak: « Toi, de toute façon, t’aimes pas ça ». Je comprends. L’image du végé imprégnée dans l’imaginaire collectif, c’est à peu près ça: Le grano hippie coiffé en dreadlocks qui est dégoûté par la viande, porte des pantalons africains, se promène avec des pancartes anti-abattoirs dans des manifestations de feu de paille et crève de faim devant sa salade aux pousses de luzerne.

Le côté obscur

Mettons quelque chose au clair. Je connais en profondeur les plaisirs obscurs de l’alimentation carnivore. La viande finement découpée qui ressort fumante et juteuse du caquelon à fondue et généreusement trempée dans la sauce. Les saucisses qui sursautent sur la grille à mesure que les bulles de gras explosent dans la chair dégoulinante. Le fromage qui s’allonge de façon ridiculement interminable au bout des doigts, alors qu’on retire son bénéfice de cette longue journée de déménagement autour des boîtes de carton montées au troisième étage. Le méchoui, le burger d’orignal que mon’oncle Michel a apporté, le steak frites, le saumon ail et érable, les sushis frais comme la rosée du matin trempés dans la mayo épicée, la tourtière arrosée de ketchup aux fruits au Jour de l’An.

Souvent, les gens me disent, tout en mordant dans leur steak: « Toi, de toute façon, t’aimes pas ça ».

Du calme

J’espère que t’es encore avec moi et pas dans ton frigo. J’espère aussi ne pas avoir offusqué mes compagnons végés, mais bon, c’est clair maintenant; je n’ai pas arrêté la viande parce que « je n’aime pas ça ». Je me souviens du goût, je sais ce que je rate et je comprends très bien ceux qui en mangent encore. C’est d’ailleurs l’attitude que je me suis promis de garder. Mes proches et mes amis n’ont pas les mêmes habitudes que moi et pourtant je les aime.

Ceci dit, des raisons très pragmatiques m’ont poussé à adopter ce mode de vie et je fais de mon mieux pour sensibiliser ceux que je croise, de la manière la plus sympathique et décontractée possible. Éloigner le débat de l’émotivité et du drame, ça prend de la patience mais c’est beaucoup plus efficace. En général, une discussion amicale autour d’une belle assiette colorée est un bon point de départ pour répondre aux inévitables questions et commentaires, avec bien sûr une touche d’humour bienfaiteur.

De la merde de taureau

Malheureusement, ces conversations ne se passent pas aussi bien pour tous et dérivent souvent vers la démesure et la “bullshit”, d’un côté comme de l’autre. Voici les questions qui m’énervent mais me font tout de même rire, avec la réponse appropriée.

 

1. «Les canines? C’est fait pour manger de la viande, non?»

Tapez «Dents hippopotame» sur Google. De belles grosses canines d’un pied de long dans la bouche d’un herbivore. “Oui, mais on est pas des hippopotames!”. D’accord: Les chimpanzés et gorilles sont majoritairement herbivores et partagent environ 98% de notre ADN, en passant!

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2. «Tu les trouves où, tes protéines?»

À la même place que tout le monde, au IGA et au Maxi! Dans le Guide Alimentaire canadien, il y a la catégorie Viande et substituts. Déjà, substitut, ça fait loser. Genre les «p’tits maigres à lunettes» de la Team Protéine qu’on choisit en dernier quand on fait les équipes. Ceux qui sont juste là pour réchauffer le banc et remplir les gourdes d’eau pour les vraies protéines. Si le Guide faisait un léger effort de vocabulaire, il pourrait renommer cette catégorie « sources de protéines » (ce que les États-Unis ont d’ailleurs fait récemment). Il contribuerait ainsi à lever le voile sur des produits comme le tempeh; un aliment délicieux (beaucoup plus que le tofu!), polyvalent, aussi protéiné qu’un T-Bone mais plus santé (Moins de cholestérol et de gras saturés, plus de vitamines, de minéraux et de probiotiques). Le plus beau, une entreprise bien de chez nous et en plein essor en produit: Noble Bean (noblebean.com)!

3. «Et si t’étais pris sur une île déserte?»

Je deviendrais sûrement ami avec un ballon de volleyball et je me ferais pousser la barbe, voyons! Non sérieusement, une fois rendu là, ce qui a extrêmement peu de chance d’arriver, on verra bien. Quoiqu’il en soit, si j’avais à manger de la viande dans cette situation, ce serait par nécessité absolue et non par pure envie de manger six hot-dogs autour du feu ou un baril de poulet frit chez PFK.

4. «On est faits pour être omnivores, comme nos ancêtres, non?»

Vous pouvez lire ce très bon article sur le sujet juste ici.  Mais pour faire une histoire courte: Au début de notre évolution, nous étions des cueilleurs herbivores, nous nourrissant principalement de fruits, de plantes et de racines. Durant les périodes les plus difficiles, certains humains se sont mis à récolter de la viande sur des carcasses, puis à se servir d’outils pour la chasser, la dépecer, la cuire et ainsi la mastiquer plus facilement. C’est cette augmentation soudaine de calories ingérées, les efforts économisés et les changements physiologiques subséquents qui auraient permis à l’Homme de développer son cerveau et son intellect (Le cerveau consomme plus de 20% de nos calories ingérées).

Mais nous ne sommes plus des hommes préhistoriques. Nous ne sommes plus limités à nos environs immédiats pour trouver de la nourriture et surtout, les progrès de l’agriculture moderne nous permettent amplement de réduire notre consommation de viande. Dire qu’on devrait continuer d’en manger parce qu’on fait ça depuis longtemps, ça tombe dans le farfelu. Si pendant un an j’avais vraiment été très pauvre et je m’étais mis à manger du rat pour survivre, une fois sorti du trouble, est-ce que je vais laisser les trappes à souris partout chez moi et continuer à manger des rongeurs en souvenir du « bon vieux temps »? Je pense pas, non…

5. «Je fais du sport, j’ai besoin de viande, non?»

Demandez à David Carter, joueur de ligne défensive de la NFL. Ou à Scott Jurek, qui a parcouru la route des Appalaches (3523 km) en 46 jours et 8 heures, un record et l’équivalent d’un double marathon tous les jours! Si c’est insuffisant, Patrick Baboumian ou Kendrick Farris peuvent terminer de vous convaincre.

6. «C’est bon pour la santé, non?»

C’est possible. Boire du vin aussi, y parait que c’est bon. Mais imaginez si vous buviez du mauvais vin engraissé aux pesticides et aux agents de conservations? L’élevage industriel de la viande, ça ressemble un peu à ça. Et imaginez si vous buviez chaque jour une bouteille entière de ce vin? Problèmes de santé assurés. Une étude de la prestigieuse Université d’Oxford a d’ailleurs conclu qu’une réduction de la consommation de viande aux recommandations des Guides alimentaires pourraient sauver plus de 5 millions de personnes et réduire les coûts de santé de plusieurs centaines de milliards de dollars d’ici 2050.

Dépoussiérer les mythes, et les mites

Dans notre société, le stéréotype du pur mâle alpha ressemble souvent à un bûcheron carnivore qui mange du steak cru, porte des peaux de bêtes et boit sa Labatt 50 tablette. Nous percevoir comme des prédateurs carnivores a quelque chose de comique:

En réalité, on se rend la plupart du temps au supermarché et on « chasse » une livre de steak haché emballée dans la styromousse et la pellicule plastique, que quelqu’un a tué pour nous.

La majorité d’entre nous ne chassons pas pour la viande, nous la cultivons exactement comme on cultive une plante, mais dans des endroits lugubres qui ressemblent beaucoup plus à des usines qu’à des jolies fermes comme on en voit sur les cartons de lait.

Beaucoup de végés invoquent que manger de la viande n’est pas naturel. Mais marcher sur la Lune non plus, ce n’est pas naturel. Oui, nous sommes issus de la nature et devons répondre à plusieurs de ses lois, mais peu importe notre croyance sur les origines de l’être humain, il demeure qu’aujourd’hui, nous transcendons le statut d’animal et repoussons les limites de notre nature. Le loup n’a pas le choix de chasser le caribou, il ne sait pas et ne peut pas faire autrement. Les poissons ne peuvent pas respirer à l’air libre et les dinosaures n’ont jamais vu venir la météorite.

Mais nous, nous sommes des humains et nous défions la nature, pour le meilleur et pour le pire. Faire voler des avions et guérir le cancer sont des exploits dignes de louanges. Mais bourrer les océans de plastique? Détruire la forêt amazonienne pour planter du soya, pour le donner au bétail et ensuite manger ce bétail?

Nous ne sommes pas des loups, on a le pouvoir de choisir consciemment.

Et contrairement aux dinosaures, on le voit venir, notre météorite. On est même un peu plus chanceux qu’eux, parce qu’on peut aussi y faire quelque chose, un repas à la fois.

 

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Commentaires

1 Comment

  1. Val 11 août 2016 at 3 h 16

    Superbe article !!
    Je suis d’acccord sur bcp de points j’ai meme eu envie d’imprimer cet article et de l’afficher dans mon salon lol !!
    Je suis veg depuis peu, en fait depuis le 21 avril hahaha, un signe de rupture de toute evidence!
    Bref, j’avais publie ca sur mon mur fb et la rien… comme d’habitude je n’ai eu aucun like par rapport a cet article…en fait je voulais surtout des réflexions ou des coms mais rien.
    Les gens ne se rendent pas compte que c’est une cause a defendre et pas juste une nouvelle facon de manger. Je suis sur le chemin du veganisme et je peux dire assez virulente lol, mais je me rends compte de l’incomprehension globale et le constat est effarant.
    Personne n’est au fait de ce qu’il se passe réellement! Un exemple : malgré mes tres fortes convictions, je vis ds un milieu omni(je ne force personne c un choix tout a fait personnel) et tout le monde autour de moi mange tj des animaux, bref lorsque je demande a quelqu’un :
    « sais tu a quel age est tue l’agneau que tu es en train de manger ? »
    on ne sait pas repondre et en plus on me prie de me taire ….gentiment …
    Quelle est la pire des reponses pour moi ?
    « je ne sais pas » celle ci est la pire pour moi….
    Quand je me lance dans mon discours « allez les veg! » mon mari est gene car je le sens prêt lol !!
    il ne supporte pas mes discours tels que : (valable pour tous les carnivores ;))
    -ok tu manges de la viande, mais alors pourquoi ne manges tu pas les chats et les chiens ?
    Pourquoi cette difference entre les animaux ?
    (je reste super frendly pas de souci mais parfois il suffit de dire qu’on est veg pour avoir de droles de reactions de l’entourage oups :
    « font chier ces veg »
    « ah ben j’ai encore rien dit »
    « ah non pas toi mais les veg fiouff »)
    Une scientifique (dont je ne me souviens plus le nom zut flute !!) a tres bien explique un element tres important et tout aussi meconnu : notre cerveau fait un effort pour manger de la viande cad pour « oublier » la notion de compassion au moment de croquer dans un steack…Interessant non ?
    Ce qui explique les animaux domestiques et puis les autres!
    A rappeler que nous sommes omnivores : ce qui veut dire que nous pouvons manger de tout. POUVONS et pas DEVONS.
    Enfin je pourrai en parler encore des heures et des heures sans me lasser tant le sujet est vaste et eu combat a part entiere 😉
    Bonne journee a vous tous
    cheers de l’ile Maurice
    Val

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