J’aime (peut-être) Trump.

Non. Je ne l’aime pas. Mais c’est vrai, c’est réel. Président Trump. Plusieurs vont grimacer longtemps en entendant ce nom. Président Trump. Peut-être qu’on va finir par l’appeler Vous-Savez-Qui. Certaines personnes voient venir un âge sombre, une époque de ténèbres où le populisme, la misogynie et la xénophobie deviendront monnaie courante. Mais dans chaque revers, il y a quelque chose de positif à apprendre. Voici la première:

 Les politiciens sont intéressants en dehors de la politique.

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C’est ce qu’un de mes enseignants m’a dit un jour. Ce qu’il voulait dire, c’est que la politique est un tordeur de personnalité. On y entre frais et solide, une fois dedans on s’écrase, on en sort et on s’indigne.

Notre système politique est représentatif : puisqu’on n’a plus (ou pas encore) la possibilité de prendre sur nos épaules de voter nos lois, on charge quelqu’un d’autre de le faire. Quelqu’un pour qui ça devient un métier et une vocation: un politicien. Le mot lui-même est devenu péjoratif, lourd, déplaisant, parce qu’il évoque une élite aux cheveux blancs qui protège le statu quo, qui va mentir, cacher, magouiller, sourire aux bonnes personnes et dire tout ce qui est sur la checklist du spécialiste des relations publiques pour se faire élire. Bref, ils sont des pancartes.

«Le gouvernement devrait…». La phrase magique! Oui, le gouvernement a certaines responsabilités. Comme Canadien, je suis bien heureux de ne pas me ruiner quand je vais à l’hôpital, je suis très reconnaissant que mes études supérieures ne handicapent pas mes finances pour toute ma vie. Mais en général, s’attendre à ce que votre gouvernement vous envoie votre bonheur par la poste, c’est très peu constructif. Et je ne suis pas du tout cynique en disant cela.

Attendre que des millions de personnes votent comme moi, choisissent mon candidat préféré et puis que celui-ci accomplisse toutes ses promesses, ça équivaut à aller au Pizza Hut et m’attendre à manger une délicieuse pizzetta fraîchement cuite dans un four à bois par une mamie paysanne italienne.

Trump était différent, et c’est pour cette raison qu’il a autant hypnotisé le monde entier pendant des mois. On a cru qu’il pourrait renverser la vapeur, changer le système politique tel qu’on le connait. C’est d’ailleurs l’une des choses qu’il a promise dans son plan pour ses trois premiers mois à la présidence. Mais une campagne électorale et un mandat présidentiel sont deux choses différentes (je l’espère dans ce cas-ci). D’après ce que j’ai vu de son discours de victoire, Trump est peut-être en train de devenir un bon garçon, un politicien tout doux qui regarde son télésouffleur et dit les bonnes choses même s’il ne les pense pas:

 

Peut-être que le Donald va se ranger. C’est possible que maintenant qu’il a eu ce qu’il voulait, il va devenir peu à peu un politicien normal, et éviter les scandales. Si cela arrive, si même lui n’a rien pu faire finalement, peut-être nous dirons nous que quelque chose ne tourne vraiment pas rond avec les politiciens, et qu’il faut nous prendre en main.

Mais ça, c’est la vision optimiste, parce que l’autre avenue est que le règne de Trump soit en continuité avec sa campagne bourrée de promesses terrifiantes et de déclarations dégradantes.

Un gourou et son troupeau

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Dans ce texte magistral où il a prévu des mois à l’avance la victoire de Trump (ici), l’activiste et cinéaste Michael Moore explique qui a voté pour Trump:

Voici un petit aperçu de ce qui se passe dans la tête du Mâle Blanc Menacé. Il a l’impression que le pouvoir lui est glissé des mains, que sa façon traditionnelle de faire les choses n’est plus assez utilisée aujourd’hui.

« Après avoir enduré qu’un noir nous gouverne pendant huit ans avec ses conneries de santé publique, de contrôle d’armes et d’environnement, il faudrait qu’on s’asseoit et qu’on prenne huit autres années à se faire dire quoi faire par une femme, une Fémi-nazie? Après ce sera quoi? Huit ans avec les gais? Après les transgenres! Si ça continue, les animaux se feront donner des droits humains et un putain de hamster va contrôler le pays. Il faut arrêter ça »

Voici la bête que Trump a réveillé et nourri ces derniers mois, voilà ce qui se passe dans la tête de certains Américains blancs. Chic. Mais pourquoi ils sont encore là et si nombreux, après toutes ces années? La seule réponse qui me vient, c’est un souvenir de mon enfance, quand mes parents m’obligeaient à faire le ménage de ma chambre le samedi, et que j’envoyais tout en dessous du lit et dans le garde-robe. C’est ce que les États-Unis font avec leurs problèmes sociaux.

Racisme, misogynie, xénophobie? Dans le garde-robe!

Écarts de richesse, chômage, armes à feu, environnement? En dessous du lit, personne va s’en rendre compte.

En passant, je me faisais toujours prendre par mes parents, c’était juste une question de temps. Les États-Unis se sont faits prendre aussi, c’était juste une question de temps.
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L’abysse

Il est difficile de dire jusqu’à quel point le progrès de la nation que presque tout le monde imite (malheureusement) va reculer en terme d’égalité des sexes, de droits des homosexuels et de tolérance ethnique. Ce ne sont pas tous les Républicains qui accepteraient des lois aussi drastiques que celles que Trump a proposé. Mais ce que la plupart des membres du parti ont en commun, c’est qu’ils se foutent pas mal de la protection de l’environnement. Ceux qui ont vu l’excellent documentaire Before the Flood (ici) de Leonardo DiCaprio reconnaîtront dans ce vidéo le sénateur Jim Inhofe qui explique, en lançant une boule de neige au président du Sénat, que les changements climatiques n’existent pas:

 

On peut apprécier des opinions très semblables dans le brillant historique Twitter du 45e Président, qui va même plus loin dans le ridicule:

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Pour tous ceux qui ont la moindre conscience écologique, l’élection de Trump semble donc être un plongeon vers l’abysse. Beaucoup s’attendent à une période noire, littéralement (Donald Trump promet ici d’accélérer l’exploitation du pétrole aux États-Unis et de réanimer l’industrie mourante et obsolète du charbon).

Mais au lieu de voir ici un gouffre sans fond, je vois plutôt un tunnel qu’on est obligés d’emprunter en train. Je me dis que oui, on devra peut-être traverser une ère de populisme, de dommages sociaux et écologiques.  Si les États-Unis accélèrent davantage les changements climatiques avec des politiques environnementales laxistes, peut-être que les gens vont ENFIN percevoir le lien entre écologie et économie.

 

« Ah ben, il faut les payer les pompes et les digues qui protègent des inondations? ». « Ah oui, c’est parce que la glace fond que le niveau des océans monte?».

 

Meh.

Oui, il va probablement falloir passer au travers de catastrophes écologiques, économiques et humaines avant de voir la lumière au bout du tunnel.

Mais je vois déjà une lumière. Ce que Trump a prouvé avec un immense doigt d’honneur il y a trois jours, c’est que la logique n’est pas suffisante pour convaincre et séduire un peuple. Qu’on l’accepte ou pas, qu’on aime ou pas, ça prouve que la population est tannée des politiciens gris et hautains qui suivent les règles de bienséance à la lettre, mais qui n’ont pas vraiment d’autre opinion que celle qui va leur faire gagner les élections.

On a besoin de rêver, d’avoir un projet commun.

Comprenez-moi bien, je pense que Donald Trump est un fumier. Mais c’est un fumier rebelle, qui se fout suffisamment des règles pour donner de l’espoir à ses supporteurs. Parce qu’il n’est pas comme les autres momies et qu’il dit ce qu’il pense, il devient plus accessible, plus proche, plus comme ton “mononcle” qui dit des conneries après avoir trop bu à Noël. Il y a quelque chose de positif à tirer de son livre de jeu: il faut parler aux gens droit au coeur et arrêter d’être une langue de bois qui marmonne quelques termes génériques comme “Économie”, “Croissance”, “Éducation” et “Santé”.

Si la classe politique décide vraiment d’apprendre de la victoire de Trump, et si tous ceux qu’il va inévitablement léser par son ignorance décident de s’élever pour le changement par la suite, nous avons de l’espoir.

Il faut parfois un peu de fumier pour faire pousser les fleurs plus vite.

NEW YORK, NY - AUGUST 28: A man passes by a Anti-Donald Trump mural painted on a building in Lower Manhattan on August 28, 2015 in New York City. Trump is leading the Republican presidential field in most polls. (Photo by Eduardo Munoz Alvarez/Getty Images)
Crédit photo: Eduardo Munoz Alvarez/Getty
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