C’est pour ça que t’es pas végétarien.

L’autre jour, alors que je discutais avec un ami autour d’un café, il m’a dit «Je pourrais jamais être végé, mais je fais des efforts pour manger moins de viande». La première réponse qui m’est venue dans la tête a été… un blâme. Je le trouvais un peu hypocrite, et j’ai eu l’idée passagère de le traiter d’incohérent/inconscient/égoïste/cruel/blablabla.

Mais j’ai respiré, et je me suis plutôt questionné. À part ces morales faciles et simplistes basées sur le comportement individuel, est-ce que ça pourrait être pour d’autres raisons, plus larges, que la viande et les autres produits animaux trouvent trop souvent leur chemin dans notre assiette?

1. Désert végétarien.

Les épiceries

Où est-ce que vous allez pour acheter votre bouffe? Que vous soyez étudiant, jeune professionnel hypermoderne ou plutôt parent d’une jeune famille, il y a de fortes chances que ce soit à l’épicerie du coin: Plus proche, plus rapide, plus pratique. Et puisqu’un végétarien (ou végane) n’est pas une espèce à part, je vais souvent, moi aussi, à l’épicerie du coin quand mon garde-manger est vide.

Et quelle est l’offre végétarienne typique des IGA, Maxi, Metro et Intermarché de ce monde? Les produits Yves!

Les produits Yves, en gros, c’est la Toyota Tercel des produits végétariens. Ça fait la job quand tu commences, c’est pas trop cher, y’en a partout. Mais une Tercel, c’est l’auto de rêve de personne, tout comme l’imitation de steak haché Yves n’est absolument pas ton souper de rêve. Et là, je parle de leur meilleur produit: je promets de donner 100$, comptant et sur le champ à quiconque goûte à leurs saucisses fumées italiennes et me dit en me regardant dans les yeux qu’elles sont bonnes. L’expérience gustative de ces saucisses ressemble à sniffer le tuyau d’échappement d’un fumoir à viande pendant 10 minutes d’affilée. Mal de cœur assuré.

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Crédit photo: sbourassa.com

Non seulement l’offre végé dans la plupart des épiceries est peu sophistiquée et variée, mais c’est aussi et surtout le placement des produits qui laisse à désirer.

Au lieu de diviser les produits alimentaires en fonction de ce qu’ils nous apportent en termes de nutrition, on les classe plutôt dans des catégories très traditionnelles, sans trop se poser la question: Viande, Légumes, Poisson, Boulangerie, etc.

Ainsi, des produits remplaçant admirablement bien la viande comme le tempeh (noblebean.com) ou les charcuteries végétariennes (Field Roast, Gusta, etc.) ne sont pas placés près des viandes. Non, Ils se trouvent plutôt à côté des légumes et de la salade, ce qui a pour effet inévitable qu’on les catégorise souvent dans “c’est ben ben cute mais moé je travaille dans la construction pis ça me prend mon jambon côliss je vais avoir faim avec ta salade”.

C’est ce modèle de placement de produits coulé dans le béton qu’essaient de casser certaines compagnies comme Beyond Meat (Beyond Burger) ou Hampton Creek (Just Mayo). Ces compagnies ont réussi, au fil des batailles, à placer leurs produits sans cruauté juste à côté des gros joueurs moins soucieux sur les rayons d’épicerie.

Parlant de bouffe et de gros joueurs, où est-ce qu’on va pour trouver de la nourriture quand on est pressé, ou qu’il est tard (et qu’on est peut-être un peu ivre…)? Au resto!

Et je pense que j’aurai pas besoin de beaucoup écrire là-dessus. Je vais seulement vous montrer une image.

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Ça, c’est un Whopper de Burger King. Trouvez-vous qu’il manque quelque chose? Y’a pas de boulette! Eh oui, Burger King fait ça. Heureusement, ils ont aussi un VRAI burger végétarien pour racheter cet affront. Mais au McDo, voici l’option végétarienne principale: un Big Mac sans boulette*.

5,99$+tx. pour du pain, du fromage, des tomates et de la salade.
Sérieusement? J’ai juste envie de crier TABAR***!

Quand on sait que le nombre de personnes végétariennes augmente chaque année au Québec, il me semble que ces chaînes au bras long pourraient juste mettre une boulette végétarienne ou végétalienne dans le menu. Congelez-là au pire, cryogénisez-la pour qu’elle reste fraîche si peu de gens la prennent, mais j’irai sûrement pas payer 6$ pour un sandwich aux tomates OGM à 1h du matin. Mention spéciale à Harvey’s, par exemple, qui fournit un burger végane.

*(mise à jour: McDonald’s a lancé depuis peu un burger végane en Norvège)

 

2. Les lobbies et la bullshit.

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« Mangez-en. C’est bon pour nous vous. »
– L’industrie

Essentiellement, c’est le message avec lequel les industries du boeuf, poulet, porc, oeufs et produits laitiers essaient de nous gaver. Et là, pas de panique, je ne vais pas partir sur une tirade enragée et pessimiste pleine de conspirations. Juste déboulonner quelques mythes et vous partager quelques faits qui sont troublants, peu importe dans quel camp on est.

MYTHE: Les fermes sont magnifiques, il y a plein d’animaux qui broutent paisiblement dans les champs.

Crédit photo: Immortalpestle.com

Cute. C’est effectivement l’image souvent associée aux fermes laitières; l’homme courageux et fort qui se lève aux aurores, enfile sa salopette, prend son seau et marche avec détermination vers son étable. Il aime ses vaches, les appelle par leur petit nom, en prend grand soin. Il les trait parce qu’il le doit, il le fait avec respect, un peu comme un Autochtone qui prend à la nature mais la remercie pour ce cadeau. C’est ce qu’exprime la jolie image sur les cartons de lait.

Seul petit problème: on est en 2017.

Oui, c’est vrai qu’il y a des fermiers responsables, qui font de leur mieux avec leurs moyens pour respecter la nature. Mais dans tous les cas, oubliez le petit bonhomme à la salopette qui marche joyeusement dans son pré avec un épi de blé dans la bouche. C’est fini cette époque, c’est un mythe.

Les fermes d’aujourd’hui ressemblent plutôt à des usines.
On y produit des animaux, on ne les élève pas.

Faites juste un tour sur ce site web (ianimal360.com) et vous verrez ce que je veux dire.

3. Marketing, bonnes (?) vieilles habitudes, et culture.

Faisons un petit jeu d’association. Je dis un mot ou le nom d’un aliment, et vous essayez de deviner le plat qui va avec. Je vais essayer de prédire vos réponses. Prêt?

Biscuit… Verre de lait?
Pizza… Pepperoni?
Fraises… Crème fouettée?
Popcorn… Beurre?
Tarte, gâteau… Crème glacée?
Bagel… Fromage à la crème?
Barbecue… Viande?
Noël… Dinde?

Bref, vous comprenez le principe. Ces associations ne sont pas inventées par l’industrie bien sûr, mais elle mise largement sur elles dans ses publicités. Leur technique de séduction se divise généralement en 3 points:

  1. S’associer fortement à un événement. Aux États-Unis, Thanksgiving rime avec dinde.
  2. Se combiner avec des plats sacrés. Pas de pizza sans pepperoni, pas de crêpes sans œufs.
  3. Nous prendre par les sentiments: faire appel à nos origines, notre culture, notre musique.

En faisant ces trois choses, l’industrie s’assure que les gens continueront de s’attacher à leurs produits, à les acheter sans trop se poser de questions. Voici quelques exemples que vous reconnaîtrez sûrement.

Qu’on soit d’accord ou non avec le message, il faut reconnaître la grande qualité des publicités, dont beaucoup ont marqué notre imaginaire collectif (notre ami Benoît des Fromages d’ici, entre autres). En fouillant dans votre mémoire, trouvez-vous des exemples de publicités sur « les légumineuses du Québec », ou « les brocolis canadiens »?

C’est bien ce que je pensais… Ça montre où sont la puissance et les moyens, il faut seulement le remarquer, en prendre mais surtout en laisser.

Être activiste…avec discernement

Mais pour ceux qui hocheraient la tête avec condescendance, ou crient peut-être victoire devant ces propos, je vous lance aussi un appel. Arrêtez la bullshit, et arrêtez la pensée unilatérale noir/blanc. Lisez cet article (ici.). Les industries d’agriculture animale font travailler des milliers de personnes, dont certains se lèvent effectivement à 4h30 tous les jours pour gérer la ferme de leur arrière-grand-père. Est-ce que ces entreprises, d’un point de vue philosophique, éthique et même économique, deviennent soudainement bonnes pour la société? Bien sûr que non. Mais le problème, c’est que la majorité des gens pensent que oui.

Pour des gens comme ça, qui n’ont visiblement aucune idée des conditions de vie des animaux et absolument aucune sensibilité pour leur sort (ou celui des écosystèmes que l’agriculture animale détruit tous les jours), l’attaque frontale et les insultes ne peuvent pas fonctionner. La Police Végane, c’est-à-dire toutes les organisations qui font plus de gueulage et d’insultes que de trouver de vraies solutions et communiquer de façon empathique et pragmatique, sont pour moi en partie à blâmer pour les opinions du style « Les maudits véganes laissez-nous tranquille« .

Je finirai donc ce billet en disant que le chemin vers un monde meilleur et plus responsable se dessine. Mais il ne faudrait pas, par impatience et passion, perdre de vue le portrait global d’une société qui est, malheureusement, encore aujourd’hui en majorité spéciste et carniste.

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