Buckminster Fuller: Comment consacrer plus de temps à changer le monde

Visionnaire. Génie. Héros oublié.

L’oeuvre du designer, architecte, inventeur, ingénieur et philosophe Richard Buckminster Fuller (1895-1983) (« Bucky » pour les intimes) a ironiquement commencé avec un désœuvrement. Suite à la mort de sa fille (polio et méningite), dont il s’attribuait la responsabilité car il était trop pauvre pour fournir à sa famille des conditions d’habitations salubres, puis à l’échec de son entreprise, il contempla le suicide. Il changea heureusement d’idée au dernier instant et décida de faire de sa vie une expérience: il entreprit de découvrir ce qu’un petit homme seul, pauvre et inconnu était capable de faire pour changer le monde et aider toute l’humanité.

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Photo: AAA State of Play

 

Penser aux mini-maisons… 70 ans avant tout le monde!

Vous n’aurez pas à chercher loin pour observer les résultats de cette expérience; il n’y a tout simplement pas de plus important précurseur au mouvement actuel de développement durable que Richard Buckminster Fuller. Les mini-maisons préfabriquées et à faible coût, il en concevait déjà… en 1930! C’est aussi lui l’inventeur des dômes géodésiques (Biosphère de Montréal, ça vous dit quelque chose?), son oeuvre la plus célèbre qui a ré-appliquée en architecture et en aménagement urbain: Le fameux module pour enfants. En mieux, ça donne une maison chaleureuse, cossue, écoresponsable et… sphérique!

 

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Photos: Inhabitat.com

Ce n’est évidemment pas ce qu’on est habitué de voir comme maison chez nous! Mais cette forme particulière a de nombreux avantages:

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Photos: Inhabitat.com
  • Elle utilise 30 % moins de matériaux à construire qu’une maison traditionnelle (boîte carrée).
  • Il faut également 30 % moins d’énergie pour la chauffer ou la climatiser qu’une maison traditionnelle.
  • Malgré l’utilisation de moins de matériaux, elle est 5 fois plus solide qu’une maison traditionnelle.
  • Parce qu’elle est plus solide, elle résiste aux désastres naturels (tremblements de terre, ouragans, tornades , etc.).
  • Concevoir l’intérieur de sa maison devient beaucoup plus simple: aucun mur n’est «porteur», la structure se soutient elle-même.
  • Ils peuvent même être utilisées comme serres sans électricité à l’année, ici au Québec (voir le reportage ici)

 

Et ces maisons, qui cohabitent harmonieusement avec la nature, sont absolument magnifiques:

Mais ce n’est pas seulement dans le domaine résidentiel que Fuller a fait sa marque: c’est carrément lui qui a posé les bases philosophiques et théoriques du design durable. C’est quoi le design durable? C’est tout simplement le bon vieux développement durable, mais la version appliquée, celle qui ne « pellette pas de nuages ». C’est une discipline entière en fait, qui marie l’écologie, l’économie et les besoins humains dans tous les domaines d’activités:

« Le design durable est l’art de concevoir des bâtiments, des villes et des produits de façon à ce qu’ils comblent nos besoins actuels, mais sans compromettre la capacités des générations futures à combler les leurs. »
– Jonathan Massey

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Photo: FDomes.com

Ce qui rendait la vision Buckminster Fuller séduisante était son holisme, le fait qu’elle soit si complète. Pour lui, un bâtiment ou un produit devait être durable, léger, rapidement assemblable et désassemblable, économique en coûts et en énergie, fabriqué avec le moins de ressources et matériaux possible,  et surtout évoquer la nature par sa forme et favoriser la collaboration. L’écologie, ce n’est pas d’être « vert » et d’aimer les arbres. C’est être intelligent, visionnaire, plus proche de notre héritage humain. C’est aussi de penser à tout et de ne rien gaspiller, comme la nature le fait.

C’est exactement à éduquer notre société sur ce point que Pierre Thibault, un architecte québécois apparu récemment à Tout le monde en parle, s’applique. Il avance, avec raison, que le bonheur passe par la beauté de l’environnement bâti: nos écoles, nos maisons, nos lieux de travail. Il ne parle seulement de beauté esthétique, mais aussi de beauté naturelle (arbres, végétation) et systémique (systèmes efficients qui imitent la nature):

 

Un génie oublié

Pourquoi se souvient-on de Martin Luther King, de Marie Curie et de Steve Jobs, mais pas de Bucky? Sans ôter du crédit à ces humains que j’admire, la contribution de Buckminster Fuller à l’humanité est indéniablement énorme. Pour répondre à la question, il faut examiner le contexte de l’époque à laquelle Fuller a pratiqué, puis, il faut jeter un regard sur notre société et notre culture.

originally uploaded @ http://melisaki.tumblr.com

Le designer, ingénieur, architecte, auteur et inventeur Richard Buckminster Fuller s’est démarqué de ses contemporains par sa préoccupation écologique et sociale, très radicale et avant-gardiste pour son époque. Mais il faut savoir que lorsqu’il a créé la Dymaxion House et le Dymaxion Car dans les années 30 (voir plus bas), le monde était plongé dans l’époque noire et difficile de la Grande Dépression . Construire des maisons et des voitures qui économisaient des matériaux et de l’énergie était une nécessité économique beaucoup plus qu’écologique. Le problème, c’est qu’après la fin de la Seconde Guerre mondiale et donc de la Grande Dépression, la surabondance de ressources, de nouveaux matériaux (plastiques, hum hum) et d’emplois disponibles a tout simplement propulsé le monde entier dans la spirale de consumérisme et de jetable dans laquelle nous sommes encore englués en ce moment, une tendance que Fuller critiquait si violemment que ses semblables l’ont écarté. Ceux dont nous nous rappelons aujourd’hui, ce sont Henry Ford, Bill Gates et Steve Jobs, qui nous ont donné de beaux joujous mais qui n’ont peut-être pas toujours accordé assez d’importance au bien-être de toute l’humanité.
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La Terre, un vaisseau spatial aux ressources limitées

Parmi les contributions les plus marquantes de Buckminster Fuller pour le design écologique fut Operating Manual for Spaceship Earth, qui reste aujourd’hui un pilier du mouvement écologiste contemporain. En imageant la Terre comme un vaisseau spatial et toute l’humanité comme ses passagers, Fuller a fourni une vision globale des « règles domestiques »  à suivre pour vivre sur Terre, en plus de rendre l’effort d’évolution globalisé, partagé par tous les Terriens pour éviter l’extinction.

Comment changer le monde?

On se demande souvent quel poids on a sur cette planète comme individu. Comment changer les choses, alors que l’on n’est qu’un parmi des milliards?

Le problème avec cette façon de penser, c’est qu’elle implique de se voir comme un révolutionnaire, un cavalier seul envers et contre tous. Oui, le brillant inventeur qu’était Bucky Fuller consacrait 100% de son temps à travailler pour les besoins de l’humanité. Mais pour améliorer la vie de nos proches et de nos semblables, avons-nous besoin d’en faire autant? Quel serait le résultat si l’on consacrait 10, 5 ou même seulement 1% de notre temps pour faire du bénévolat ou créer des projets altruistes?

En consacrant sa vie à faire progresser l’humanité, Buckminster Fuller a montré la voie aux prochaines générations en termes d’initiative individuelle. Il a prouvé qu’effectivement, « un être petit, pauvre, et seul » pouvait apporter une gigantesque contribution pour l’humanité. Pour lui, le rôle d’un être humain est d’imaginer et discerner, assumer et tenter l’accomplissement de ses idées, même les plus folles. Bucky a échoué plusieurs fois: Ses premières entreprises ainsi sa Dymaxion House et son Dymaxion ont été des échecs financiers.

Mais il a suffit d’une seule grande réussite (le dôme géodésique), d’une idée radicalement innovante pour que son génie soit reconnu.

 

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