Le véganisme, c’est dépassé.

Nous y voilà, le grand dilemme des mouvements sociaux contre-culturels comme le véganisme. Que faire quand les masses finissent par entendre notre message, mais ne s’approprient finalement qu’une version sexy, superficielle, diluée et capitaliste du combat qu’on a mené si longtemps?

Que faire, par exemple, quand les complexités et les défis (pas si grands, entendons-nous) que représente le mode de vie végane se résument tout à coup en une photo colorée d’un Buddha Bowl sur Instagram? Que faire quand le véganisme part d’un combat moral contre l’oppression de l’humain sur les animaux, et finit par devenir une lutte sans merci contre les 4 centimètres de trop sur le tour de taille de Kylie Jenner

Que faire quand l’un des seuls moyens individuels et vraiment efficaces de lutter contre les changements climatiques et faire bouger les industries se change en un #hashtag complaisant et auto-masturbatoire du style #MesTacosVeganSauventLeMonde?

C’est simple. Arrêtez le véganisme! C’est juste dépassé. Case départ tout le monde! →→→

↑ Juste pour te faire paniquer ↑ 😅😅😅

Dites bonjour au post-véganisme. C’est fini l’époque des pancartes, des manifestations hurlantes pour exiger la fermeture des abattoirs, finies les tisanes au kombucha forestier pour attirer les gens vers le ce mode de vie. Nous vivons désormais dans un monde où le véganisme se popularise, où il se dilue dans l’obscure et sauvage jungle du mainstream capitaliste. Il est maintenant propre, beau, poli, vendeur, il est coloré, jeune, branché, même si cela se fait parfois au dépend de toute sa profondeur éthique et philosophique. Alors, est-ce qu’on doit être en beau joualvert (traduction québécois-français ici) et gueuler partout qu’on se fait voler le fruit de nos efforts? On pourrait bien, comme n’importe quel peuple dont la culture se fait approprier de force chaque fois que quelqu’un veut se sentir spécial et exotique. Mais ce serait une belle perte de temps.

Nous vivons désormais dans un monde où le véganisme se popularise. Il est coloré, jeune et branché, même si cela se fait parfois au dépend de toute sa profondeur éthique et philosophique.

Ce qui arrive en ce moment, c’est qu’un gros paquebot chic et moderne se fait construire avec #VEGAN écrit dessus en gros. Qu’on le veuille ou non, le bateau va partir, même sans pilote, sans expert marin, sans personne pour opérer les machines. Juste une bande de vacanciers en chemise hawaïenne qui vont se faire bronzer sur le pont en mangeant de la salade de lentilles et des végé-burgers, pendant que leur bateau coule comme toutes les autres modes éphémères.

Ils ont besoin d’un équipage, de gens qui connaissent en profondeur les rouages du véganisme, les réponses aux inévitables questions (voir ici), bref, ce qu’il faut pour que ce soudain engouement pour le véganisme reste assez longtemps pour prendre racine. Pour que ça arrive, par contre, certaines choses devront par contre changer:

Cute, mais j’ai un goût de gazon dans la bouche.

Jusqu’ici le mouvement végane a manqué de patience, de compassion, de leadership, de focus, mais surtout d’aptitudes communicationnelles et d’unité. À bien des égards, nous sommes encore un groupe trop marginal pour séduire le commun des mortels. Nos skills en graphisme et nos goûts esthétiques rappellent souvent ceux des organismes communautaires, qui sont très sympathiques et importants, mais n’ont malheureusement pas «populaire», «cool» ou «séduisant» dans leur longue liste de qualités.

Les nouveaux véganes ont besoin de gens qui connaissent en profondeur les rouages de ce mode de vie, les réponses aux nombreuses questions, des trucs et astuces, bref, ce qu’il faut pour que ce soudain engouement pour le véganisme reste assez longtemps pour prendre racine.

Les stéréotypes qu’on nous colle, bien qu’ils soient ridicules, ne se font réellement démentir par bien peu de campagnes de communication surprenantes, bien orchestrées, drôles ou émouvantes. Le fantôme d’une matante New Age homéopathe ou astrologue à temps partiel me hante quand je tombe sur une infographie végane à faire saigner des yeux. L’ombre du hippie aux dreadlocks, indigné anarchiste, qui boit du jus d’herbe de blé pendant son yoga, est là chaque fois que j’entre dans un Crudessence (no hate contre le Crudessence, je vous aime quand même!).

Le post-véganisme, c’est le mouvement qui tend vraiment la main vers l’extérieur de son cercle, qui s’unit avec les autres groupes opprimés qui cherchent à se faire entendre. Les bonnes intentions, la motivation et le dur labeur ne suffisent plus! Il faut maintenant beaucoup plus pour que le mouvement végane passe au prochain niveau: Une amélioration énorme au niveau de la sensibilité esthétique et des aptitudes communicationnelles, entre autres.

Le post-végane n’est plus retranché dans un extrême: soit l’agresseur qui fustige ceux qui ignorent l’existence du mot “spécisme”, ou bien le marginalisé qui fait sa petite affaire dans son groupe sans trop déranger. Il devient un leader compatissant et émotionnellement intelligent, qui sait se mettre à la place de ceux qui sont différents de lui et respecter leur vécu, mais aussi faire preuve de force de caractère quand il le faut.

Il a le sens de l’humour et de la patience, il surprend donc les «omnis» qui s’attendent à des hostilités.

Il est un brillant communicateur qui s’efforce de rester au goût du jour, pour que son message profondément important ne soit pas perdu quelque part dans une image de basse résolution.

Bienvenue dans l’ère post-végane.

 

Pour aller plus loin

L’intersectionnalité du féminisme et de l’antispécisme, par Élise Desaulniers

Le véganisme pour privilégiés (anglais), Affinity Magazine

Le véganisme 2.0

Page facebook de Vegan Art

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