La vie de ton chien vaut-elle plus que celle d’une vache?

C’est plutôt facile de dire qu’on aime les animaux. Dire le contraire nous ferait paraître un peu sociopathe. Je hais les animaux, c’est un peu comme dire «Je n’aime pas les enfants».

La conversation sur les animaux actuellement est inévitablement biaisée. Peut-être est-ce la faute de l’industrie de la viande, qui fait de son mieux pour nous faire oublier que nous achetons le produit d’une exploitation à la morale discutable. C’est vrai, si vous allez au supermarché, vous n’achetez pas du coq, du cochon et de la vache. Vous achetez du poulet, du porc et du bœuf, des noms spécifiquement inventés pour désigner la viande de ces animaux.

Peut-être est-ce de notre faute, nous qui tournons la tête avec dégoût quand on voit des cas de maltraitance ignoble dans les fermes. Peut-être qu’après tout, le système alimentaire actuel accepte difficilement d’être questionné et défié. Mais peut-être aussi que la vraie réponse se trouve dans une question fondamentale, une question que l’on ne se pose pourtant pas souvent:

Est-ce que la vie d’un humain vaut plus que celle d’un moustique?

À cette question en apparence idiote, la majorité des gens pourrait répondre que oui! Imaginez que vous devez choisir entre sauver une fillette qui va se faire frapper par un autobus, ou sauver un moustique qui va se faire écrabouiller par ce même bus. Facile. Essayons une comparaison un peu plus proche.

Est-ce que la vie d’un rat vaut plus que celle d’un moustique? Bon, les deux ne sont pas très aimables. L’un se faufile dans les coins sombres et moisis de nos demeures et mange nos réserves. L’autre survit en suçant notre sang et nous transmet des maladies. Mais si c’était un hamster au lieu du rat? On les aime bien les hamsters, ils sont mignons. Regardez les Chipmunks, avec leurs belles grosses bajoues, leur petit sourire de rongeur et leurs grands yeux. Même avec leur petite voix aigue tannante, on les aime. Est-ce vous mangeriez Alvin, Simon et Théodore?

Autre question: est-ce que la vie d’un porc vaut plus que celle d’un chat? Techniquement, oui. Le prix d’un cochon de ferme varie de 20$ à 200$ sur Kijiji, alors que sur le même site les annonces de chats à donner pleuvent. Mais est-ce que vous mangeriez votre chat? Admettons que vous avez super faim, vous prendriez un BLT au bacon de chat, ou un BLT au bacon «normal»?

Personnellement, j’aime ça essayer des nouvelles choses. Je vais prendre le chat, s’il-vous-plaît. Avec un Coke diète.

Pour une raison qui m’apparaît encore obscure, on a décidé de séparer les animaux en deux catégories: «J’te mange», et «voyons donc, c’est dégueulasse manger ça, pauvre p’tit!» Manger du boeuf, du poulet, du porc, du poisson, c’est OK. Ils sont là pour ça, non? On a créé le boeuf pour l’élever et le manger. Le but même de son existence est de finir en petits morceaux dans nos estomacs, puis en caca dans notre toilette. La beauté sauvage et mystérieuse de la nature, wow!

Illustration de Pawel Kuczynski

Et le cheval?

Hmmmmm. Pas sûr. Pour tous les cow-boys, les amateurs d’équitation et ceux qui ont vu «l’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux», c’est hors de question. Mais pour le gros gars musclé qui veut des bonnes prots maigres et pas chères, pourquoi pas? Miam, un bon burger de Flicka…

Mais c’est quoi la différence entre un rat, un boeuf et un cheval? En steak haché, ça se ressemble pas mal pourtant. Mais c’est notre imagination qui nous joue des tours. On trouve ça bien plus cute un cheval. Pour insulter quelqu’un, on ne va jamais le traiter de dauphin ou de panda. Mais porc, rat, moustique, microbe; ça fait de bien plus belles insultes.

Au moins, les Chinois ont compris, eux. Pas de différence. On mange tout ce qui a quatre pattes, sauf les meubles. C’est pour ça qu’ils ont le festival de Yulin; un merveilleux événement culinaire qui célèbre le goût unique et subtil de la viande de chien. Encore une fois, c’est dégueulasse sans bon sens. Oui, je trouve aussi. C’est vrai que si je mangeais un gros et juteux souvlaki de Tobby, c’est toute mon enfance qui partirait en fumée. Alors que quand je vais dans un festival western et que je dévore amoureusement une bavette de bœuf saignante, tous les héros animaliers de ma jeunesse sont bien en vie et m’applaudissent.

Retour à la question du début: sommes-nous supérieur au moustique?

La réponse actuelle pour la société est invariablement oui. Le moustique est inférieur au hamster, qui est inférieur au porc, qui est inférieur à la vache, qui est inférieure aux chats et aux chiens, qui sont inférieurs à nous, puisque c’est nous les maîtres du monde! On oublie toutefois que pour le taureau, c’est la vie du taureau qui importe le plus. Celui-ci n’hésitera pas à tuer un loup ou un homme pour sauver la vie de sa progéniture.

Et supposons maintenant qu’une forme de vie extraterrestre, beaucoup plus évoluée que nous ne le sommes, arrive sur la Terre pour nous évaluer. En nous regardant faire brûler du charbon pour faire bouillir de l’eau, qui elle fait tourner une turbine, qui elle fait tourner des aimants, qui eux font de l’électricité qui allume nos télévisions, qui elles nous montrent L’incroyable famille Kardashian… ils nous trouveraient probablement assez stupides.

Mais si ces brillants aliens se perçoivent comme supérieurs à notre espèce, et qu’en plus ils trouvent qu’on goûte bon dans un sandwich, que se passera-t-il? Espérons qu’à ce moment là, en faisant la file pour être changé en steak haché, on aura enfin notre glorieux moment de compassion collective pour les animaux qui vivent ça tous les jours.

 

Pour aller plus loin:

Introduction au spécisme, Wikipédia.

Article sur Aymeric Caron, personnalité publique et militant antispéciste.

Enquêtes sur le traitement des animaux dans les fermes-usines.

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